La route, les fayots et l’Art

septembre 16, 2007

C’est l’histoire de Daniel, un « routier sympa ». Enfin je crois…Vous le savez, on se doit de dire d’un routier qu’il est sympa, on n’est jamais trop prudent. Un petit appel par cibie et vous voilà bloqué sur l’autoroute. Et ne gueulez pas. Un second appel et vous passerez un très mauvais moment dans la prochaine aire d’autoroute…

Revenons à Daniel, routier vraisemblablement très sympathique. Sous une pluie battante, notre forçat de la route transportait, sur l’autoroute du soleil, un joli petit chargement de pylônes en béton. Daniel était confortablement installé, à l’abri, dans le petit environnement chaleureux de sa cabine. Un immense drapeau des Etats-Unis cachait une couchette aux murs tapissés de jolis posters de nanas huilées et ensoleillées. Daniel avait un grand sens de l’esthétique. Les housses représentant des chiens huskies sur fond noir se coordonnaient parfaitement bien avec les pare-soleils Johnny Hallyday. La musique était tellement forte dans la cabine si bien que les pare-soleils semblaient prendre vie.

Pris d’une irrémédiable envie d’uriner, Daniel décida de s’arrêter sur la prochaine aire d’autoroute. Sa petite vessie lui ordonnait d’accélérer. En plus, il en profiterait pour manger. D’une main, il brancha un mini-réchaud sur l’allume-cigare, posa une petite casserole dessus. Parfaitement organisé, il passa le bras derrière son siège pour attraper une boîte de fayots. Après s’être battu avec « l’ouverture facile » il versa le contenu dans le réchaud. C’est à ce moment précis que Daniel releva les yeux sur la route, tournant son volant brutalement pour ne pas louper la sortie.

Ce ne doit pas être un bon souvenir pour Daniel. La cabine s’était retournée dans un grand crissement de pneus et le bruit désagréable du métal qui plie. Et puis le silence. Le sexagénaire des pare-soleils était devenu muet. Daniel s’extirpa de sa cabine pour constater les dégâts. Sous la pluie, toujours soutenue, Les cheveux et le torse recouverts de sauce et de fayots, il rejoignit en courant une foule de badauds attroupés non loin de sa cabine.

Le spectacle était impressionnant. Heureusement il n’y avait aucun blessé. Son chargement de pylônes s’était fait la belle. Certains des mâts en béton avaient traversé le vilain bunker grisâtre qui abritait les toilettes. D’autres s’étaient empilé comme un gigantesque jeu de mikado, écrasant la petite camionnette d’un peintre en bâtiments. Le résultat était monumental, coloré et original. C’était presque beau.

Et c’est ainsi que, grâce à un routier sympa et à une boîte de fayots récalcitrante, est né l’art autoroutier. De grands artistes aux cheveux en bataille, sur commande, parsemèrent les autoroutes de France d’œuvres monumentales et colorées.

J’espère que vous aurez une pensée émue pour Daniel, notre routier sympa, la prochaine fois que vous croiserez une de ces horreurs en bord de route…

Une réponse vers “La route, les fayots et l’Art”

  1. Kmil a dit :

    Excellent!Mort de rire “Daniel avait un grand sens de l’esthétique. Les housses représentant des chiens huskies sur fond noir se coordonnaient parfaitement bien avec les pare-soleils Johnny Hallyday.” la tu tapes fort!


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